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Baux commerciaux : ce que change la loi de simplification 2026

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Réforme des baux commerciaux 2026 : ce que change la loi du 26 mai 2026


Promulguée le 26 mai 2026 et publiée au Journal officiel le 27 mai 2026, la loi n° 2026-403 de simplification de la vie économique modifie plusieurs points structurants du statut des baux commerciaux : mensualisation du loyer, clause tunnel, dépôt de garantie, garanties locatives et clause résolutoire. Derrière ces mesures, une question décisive demeure pourtant largement sous-commentée : quels locaux sont réellement concernés par la réforme ? C’est sur ce terrain que se joueront les premiers contentieux.

À retenir en 30 secondes

  • Le preneur peut désormais demander la mensualisation du loyer, sous certaines conditions, et cette règle est d’ordre public.
  • Les clauses d’indexation “tunnel” sont validées, mais uniquement si elles jouent de manière strictement symétrique à la hausse et à la baisse.
  • Le dépôt de garantie et, potentiellement, l’ensemble des garanties locatives sont plafonnés pour certains locaux.
  • La suspension de la clause résolutoire devient plus difficile à obtenir pour le preneur défaillant.
  • Le principal angle mort de la réforme est son champ d’application : tous les locaux ne relèveront pas du même régime.
  • La réforme impose de revoir sans délai les modèles de baux, les garanties et les actes de cession.

Réforme des baux commerciaux 2026 : les principales mesures à retenir


La loi du 26 mai 2026 retient quatre évolutions de fond :

  • un droit du preneur à la mensualisation du loyer ;
  • une validation légale des clauses d’indexation “tunnel” ;
  • une refonte du régime du dépôt de garantie et des sûretés locatives ;
  • un durcissement des conditions de suspension de la clause résolutoire.

Les trois premières mesures renforcent globalement la position du preneur. La quatrième rééquilibre le régime au profit du bailleur.

Il faut ajouter un point de méthode. Plusieurs mesures discutées en cours de navette n’ont finalement pas été retenues. C’est notamment le cas de la mise à la charge automatique du bailleur de la taxe foncière. La refacturation de cette taxe au preneur reste donc possible dans les conditions de l’article L. 145-40-2 du Code de commerce.

Mensualisation du loyer commercial : quelles nouvelles règles depuis le 26 mai 2026 ?


Le nouvel article L. 145-32-1 du Code de commerce instaure un droit pour le preneur à la mensualisation du loyer lorsque le local est destiné à l’exercice d’une activité de commerce de détail, de gros ou de prestations de services à caractère commercial ou artisanal, sous réserve de l’absence d’arriérés non contestés. La demande prend effet à compter de l’échéance suivante prévue par le bail.

La mensualisation est-elle d’ordre public ?


Oui. Par coordination avec l’article L. 145-15, cette règle est désormais d’ordre public. Toute clause du bail qui l’écarterait est réputée non écrite.

La mensualisation s’applique-t-elle aux baux en cours ?


Oui. La mesure vise les baux en cours d’exécution au 26 mai 2026, y compris les baux anciens.

La demande du preneur doit-elle être formalisée ?


Le texte n’impose aucun formalisme. En pratique, une demande écrite, idéalement par lettre recommandée avec avis de réception, est indispensable pour fixer sa date et prévenir les contestations.

Le loyer devient-il payable à terme échu ?


Non. La réforme porte sur la périodicité du paiement, non sur son caractère payable d’avance ou à terme échu. Un loyer payable d’avance reste donc payable d’avance, mais sur une base mensuelle, sauf stipulation plus favorable.

Que signifie l’absence d’arriérés ou de contestation préalable ?


Le droit est ouvert au preneur à jour de ses loyers et charges. Toutefois, un arriéré ayant fait l’objet d’une contestation préalable ne fait pas obstacle à la demande. En pratique, cette contestation devrait être :

  • antérieure à la demande ;
  • matérialisée par écrit ;
  • et porter sur une somme déterminée.

Clause tunnel et indexation : ce que sécurise réellement la réforme


Le nouvel article L. 145-38-1 autorise expressément les clauses qui encadrent, dans les mêmes proportions à la hausse et à la baisse, la variation annuelle de l’indice des loyers commerciaux prise en compte pour la révision du loyer.

Une clause tunnel est-elle désormais valable ?

Oui, mais seulement lorsqu’elle est strictement symétrique. La réforme met fin à une controverse ancienne sur la validité des clauses qui plafonnent la variation de l’indice dans les mêmes limites à la hausse et à la baisse.

La symétrie de la clause reste-t-elle indispensable ?


Oui. Une clause asymétrique (par exemple un plafond à la hausse sans véritable miroir à la baisse) demeure exposée au régime du réputé non écrit. La rédaction devient donc décisive.

Que se passe-t-il pour les baux en cours ?


La validation légale vise les baux conclus ou renouvelés à compter du 28 mai 2026. Les baux existants restent soumis à la jurisprudence antérieure.

Loyers binaires, hôtellerie et clauses-recettes : ce que la réforme ne règle pas

La réforme ne sécurise qu’un point : l’encadrement de la variation de l’indice servant à la révision. Elle ne règle pas les difficultés propres aux loyers binaires, aux clauses-recettes ni à l’articulation entre minimum garanti indexé et part variable assise sur le chiffre d’affaires ou des indicateurs d’exploitation comme le RevPAR.

Dépôt de garantie et garanties locatives : le nouveau plafond en bail commercial


Le nouveau régime du dépôt de garantie et des sûretés locatives constitue probablement le volet le plus structurant de la réforme.

L’article L. 145-40 est complété de manière à plafonner le dépôt de garantie et, potentiellement, l’ensemble des garanties demandées pour assurer la bonne exécution du bail.

Le dépôt de garantie est-il désormais plafonné à un trimestre ?

Oui. Pour les locaux entrant dans le champ de l’article L. 145-32-1, le dépôt de garantie ne peut plus excéder un trimestre de loyer.

Le plafond s’applique-t-il aussi aux cautions et garanties autonomes ?


Le texte est rédigé largement. Il vise “la valeur des biens, des titres, des engagements et des garanties de toute nature demandés afin d’assurer la bonne exécution du contrat de bail”. Cela inclut potentiellement :

  • cautions bancaires ;
  • garanties à première demande ;
  • nantissements ;
  • et garanties consenties par des tiers.

Le plafond est-il global ou garantie par garantie ?


Le texte n’est pas parfaitement clair. Deux lectures subsistent :

  • un plafond par garantie ;
  • ou un plafond global, toutes sûretés confondues.

La seconde lecture paraît la plus cohérente avec l’intention du législateur, mais le point nourrira les premiers contentieux.

Sur quelle assiette se calcule le trimestre ?


Le texte ne précise pas si le plafond s’entend hors taxes et hors charges ;ou toutes sommes comprises.

La sécurité commande de stipuler expressément dans le bail que le plafond est apprécié sur le loyer hors taxes et hors charges.

Quelles conséquences pour le financement des actifs ?

Le plafonnement des garanties ne modifie pas seulement la relation bailleur-preneur. Il affecte aussi la valorisation de l’actif et ses conditions de financement.

Qui restitue le dépôt de garantie en cas de vente de l’immeuble ?

En cas de mutation, l’obligation de restituer les sommes versées en garantie est transmise de plein droit au nouveau bailleur.

Dans quel délai le dépôt de garantie doit-il être restitué ?


Le dépôt en numéraire doit être restitué dans un délai maximal de trois mois à compter de la remise des clés, déduction faite des sommes restant dues et justifiées.

À partir de quand ces règles s’appliquent-elles ?

  • Le plafonnement des garanties s’applique aux baux conclus ou renouvelés à compter du 26 mai 2026.
  • La transmission de l’obligation de restitution joue pour les mutations intervenant à compter du 26 août 2026.
  • Le délai légal de restitution s’applique lorsque la remise des clés intervient à compter du 26 août 2026.

Clause résolutoire : comment la réforme renforce la position du bailleur


À rebours de l’orientation générale du texte, la réforme modifie l’article L. 145-41 dans un sens plus favorable au bailleur.

Le juge peut-il encore suspendre facilement la clause résolutoire ?


Non. Le juge ne peut désormais suspendre les effets de la clause résolutoire qu’à condition que le preneur démontre sa capacité à régler la dette locative et ait repris le paiement intégral du loyer courant avant la première audience.

Le preneur doit-il reprendre le paiement du loyer courant ?

Oui. C’est désormais une condition expresse de la suspension.

Quel impact en cas de procédure collective ?


Le nouveau régime concerne le contentieux de droit commun. Mais en sauvegarde ou en redressement, le sort du bail obéit à des règles spécifiques.

Quels locaux sont réellement concernés par la réforme des baux commerciaux 2026 ?

Toutes les nouvelles règles ont un présupposé commun : elles ne s’appliquent qu’à certains locaux. Or la loi définit ce périmètre de manière incomplète et parfois incohérente.

Pourquoi le champ d’application de la réforme est-il incertain ?


L’article 61 insère dans l’article L. 145-46-1 une définition précise du local à usage commercial pour le seul droit de préférence du locataire. Les articles L. 145-32-1 et L. 145-40, eux, emploient une formule voisine sans reprendre toutes ces précisions.

Faut-il raisonner selon la destination du bail ou l’usage réel des locaux ?

Les articles L. 145-32-1 et L. 145-40 visent le local “destiné à” une activité, ce qui plaide pour un rattachement par la destination contractuelle. Mais la jurisprudence fiscale analogue raisonne souvent par usage effectif.

Les bureaux et entrepôts sont-ils exclus ?


La lecture la plus prudente consiste à considérer que les bureaux et les entrepôts sont exclus, au moins par cohérence avec la définition retenue à l’article L. 145-46-1.

Les locaux artisanaux sont-ils réellement couverts ?

Le texte évoque les activités artisanales, mais la définition réglementaire attendue n’est pas encore stabilisée.

La réforme s’applique-t-elle aux baux dérogatoires et conventions d’occupation précaire ?

La lecture la plus cohérente consiste à réserver les nouvelles mesures aux baux soumis au statut des baux commerciaux, à l’exclusion des baux dérogatoires et des conventions d’occupation précaire.

Calendrier d’application : les dates à retenir

26 mai 2026

  • entrée en vigueur de la mensualisation pour les baux en cours ;
  • application du plafonnement des garanties aux baux conclus ou renouvelés à compter de cette date.

28 mai 2026

  • application du nouveau régime de la clause tunnel aux baux conclus ou renouvelés à compter de cette date.

26 août 2026

  • transmission au nouveau bailleur de l’obligation de restitution ;
  • application du délai légal de restitution du dépôt de garantie.

Anticiper plutôt que subir


La réforme du 26 mai 2026 paraît technique ; elle est en réalité structurante.

Elle impose :

  • aux bailleurs de revoir leurs modèles de baux et leurs schémas de garanties ;
  • aux preneurs de faire valoir des droits désormais d’ordre public ;
  • aux investisseurs et acquéreurs de sécuriser autrement les cessions d’actifs ;
  • à tous les opérateurs de clarifier, en amont, le champ d’application réel des textes.

Alectra accompagne bailleurs, preneurs et investisseurs sur l’ensemble de ces sujets :

  • audit des baux en cours ;
  • refonte des clauses sensibles ;
  • traitement des demandes de mensualisation ;
  • sécurisation des garanties locatives ;
  • cessions d’actifs ;
  • contentieux de l’exécution et de la restitution.

Notre approche conjugue lecture juridique, intelligence opérationnelle et défense de la valeur.

Hugo JUNG
Avocat associé